dimanche 7 février 2010

Derevo

Derevo est une compagnie de danse contemporaine inspirée par le butoh.

Fondée en 1988 à Saint Petersbourg par Anton Adasinsky, elle est actuellement basée à Dresde, en Allemagne.

Difficile de caractériser exactement les productions de Derevo : mélange de théâtre, de danse, de projection vidéo et de happening, voici deux extraits pour vous faire une opinion.

Harlekin



Nature Morte

samedi 6 février 2010

The Rose

En 1979, le cinéaste américain Mark Rydell consacre un film à la vie et la carrière d'une chanteuse de rock alcoolique prisonnière de la gloire et de la pression du métier.

Elle décide de donner un ultime concert dans sa ville natale avant de prendre une année sabbatique avec l'homme qu'elle aime. Mais elle meurt à la fin du spectacle, usée par ses excès.

Largement inspiré de la vie de Janis Joplin, le rôle principal est tenu par une formidable chanteuse qui démontre là son incroyable talent de comédienne, Bette Midler.

Amanda McBroom a composé une inoubliable chanson qui résonne comme un glas sur le générique de fin du film, portée par la voix merveilleuse de Bette Midler.

Voici la star, en concert, dans les années 90 :

vendredi 5 février 2010

Une minute qui change tout...

J'aime bien cette publicité pour un jus de fruit industriel qui semble avoir des effets secondaires intéressants...



On savait qu'il y avait de la vitamine C dans le jus d'orange, on sait désormais qu'il y a aussi de la vitamine G...
Merci Mr Minut' Maid !

jeudi 4 février 2010

William, Rufus et Bob

Ce visage vous dit-il quelque chose ?

Oui, c'est bien le portrait du "Barde de Stratford-on-Avon", ou si vous préférez, William Shakespeare, le plus grand poète-dramaturge de tous les temps selon un sondage 2009 réalisé auprès des téléspectateurs d'Arte à travers toute l'Europe !

Les 154 sonnets qu'il a écrit tout au long de sa vie ne furent publiés qu'en 1609, soit 7 ans avant sa mort à 52 ans.

En 2007, à Berlin, le metteur en scène Bob Wilson,

a demandé au compositeur-chanteur canadien Rufus Wainwright

d'en mettre en musique une douzaine pour un spectacle qu'il voulait monter au Berliner Ensemble, dans la capitale allemande.
Conforme à sa manière provocatrice et iconoclaste, Wilson livre une version onirique et dérangeante de l'oeuvre du maître.

Arte a diffusé en 2008 le résultat dont voici deux extraits :

Le Sonnet n° 20 d'abord,



Le Sonnet n° 29 ensuite.

mercredi 3 février 2010

Carla Gannis

Carla Gannis est un peintre, née en caroline du Nord en 1970.
Elle s'est progressivement dirigée vers la photographie puis la création électronique et digitale.
En voici quelques exemples...










mardi 2 février 2010

Mahâbhârata


Le Mahâbhârata est un livre sacré de l'Inde, qui relate la « Grande Geste » des Bhârata, grand poème épique datant des derniers siècles avant l'ère chrétienne.
C'est une saga mythico-historique, contant des hauts faits guerriers qui se seraient déroulés environ 2 200 ans avant l'ère chrétienne, entre deux branches d'une famille royale : les Pândava et les Kaurava.
Le récit nous raconte les épreuves subies par les cinq frères Pândava et leurs cousins les Kaurava pour la conquête du pays des Arya, au nord du Gange, en Inde.
C'est l'un des deux grands poèmes épiques de l'Inde, fondateur de l'Hindouisme avec le Rāmāyana et sans doute le plus long poème de la littérature mondiale, composé de 250 000 vers, quinze fois l'Illiade !

Un extrait : "Le sacrifice des serpents"

Louange à toi, Seigneur des dieux, louange à toi, tueur de Bala et de Namuci, louange à toi, époux de Shac∞, dieu ocellé. Par ton eau, sauve les serpents que le soleil brûle. Tu es notre recours suprême, ô meilleur des immortels. Tu as en effet le pouvoir de répandre l'eau en abondance, ô destructeur de cités ! Tu es nuage, tu es vent, tu es feu, et éclair dans le ciel. Tu sèmes en foule les nuages, on t'appelle aussi "Nuée". Tu es l'éclair sans pareil, terrible, tu es l'orage retentissant. Tu es le créateur des mondes, et leur inexorable destructeur. Tu es la lumière de tous les êtres, tu es le soleil, fils d'Aditi. Tu es la merveille des merveilles, tu es roi, tu es seigneur des dieux, tu es Vishnu, tu es le dieu ocellé, tu es le refuge ultime. Tu es l'immortalité entière, dieu, tu es la liqueur sacrificielle, tant vénérée. Tu es le jour, tu es l'heure, tu es la minute, et la seconde encore. Tu es la demi-lunaison claire, et l'obscure, tu es la minute et la seconde lunaire. Tu es l'année, et la saison et le mois, et la nuit, et le jour.

Tu es la terre excellente, ses forêts et ses montagnes.
Tu es le firmament limpide, éclairé de ses astres.
Tu es l'océan immense, à la houle puissante,
Où se cachent baleines, monstres, crocodiles et poissons.

On te célèbre toujours en disant : "Grande est ta gloire !"
Tu te complais auprès des sages et des anciens.
On te célèbre, tu bois, dans le sacrifice, la liqueur,
Et les libations rituelles, pour notre prospérité.

Sans cesse tu reçois les sacrifices des prêtres pour leur bien.
Dans les traités, on te célèbre, et ta force sans pareille.
C'est en pensant à toi que les brâhmanes s'adonnent au sacrifice,
Et se plongent dans l'étude des Ecritures au grand complet.

Et les minutes du Conseil des Serpents qui cherchent les moyens d'empêcher le sacrifice :

Tous les fils de Kadrº approuvèrent et se réunirent.
C'était une assemblée riche de ressources et d'idées.

Certains serpents proposèrent : "On se ferait brâhmanes puissants, et on dirait à ce Janamejaya ;
"Ne fais pas ton sacrifice !"
D'autres serpents, qui passaient pour érudits, dirent ;
"On serait tous ses ministres, qu'il écouterait.

"Il nous demanderait son avis sur tout ce qu'il aurait à faire. On lui conseillerait que le sacrifice n'ait pas lieu.
Ce roi, qui est très avisé, nous sachant d'excellent conseil, nous consulterait à propos de ce sacrifice. On lui répondrait : "Non !",
"En lui montrant les nombreux effets cruels et désastreux, dans ce monde et dans l'autre, avec leurs causes et leurs raisons, afin que le sacrifice ne se fasse pas."
"Ou alors, il y aura pour ce sacrifice des serpents un maître de cérémonie, appliqué à servir le roi, qui en connaîtra le déroulement.

"Que l'un de nous vienne et le morde. Il mourra, et lui mort, le sacrifice ne pourra avoir lieu !
"Et les autres officiants qui savent comment se déroule le sacrifice, nous les mordrons tous. Alors c'en sera fait !"
Mais des serpents légalistes protestèrent : "Vous dites des sottises ! Tuer un brâhmane est une infamie !
"
Dans le malheur, le meilleur soulagement vient d'une observance stricte et correcte de la loi. La prédominance de l'illégalité entraîne la destruction de l'univers tout entier !"

D'autres serpents dirent : "Nous nous ferons nuées d'orage, et soufflerons de pluie le feu allumé."

D'autres encore : "Ou bien, la nuit, quand ils ne feront pas attention, que des serpents dérobent prestement les instruments sacrificiels. Le sacrifice ne pourra se faire !"

"Ou bien que pendant le sacrifice, les serpents par centaines et par milliers, mordent les assistants. Ainsi, tous auront peur !"

Ou bien encore que les serpents souillent de leur urine et de leurs excréments les offrandes préparées. Elles ne pourront plus servir !"

Et d'autres ajoutèrent : "On serait des sacrifiants, et pour empêcher le sacrifice, nous dirions : "Que soient versés les honoraires des brâhmanes !"
Le roi se soumettrait et ferait ce que nous voudrions."

D'autres dirent : "Quand le roi se divertira dans l'eau, amenons-le chez nous et attachons-le. Ainsi le sacrifice n'aura pas lieu."
D'autres serpents, pleins de bonne volonté, dirent enfin : "Nous l'attraperons et nous le mordrons, voilà notre plan !
Lui mort, la racine de tous nos maux sera coupée !"



Adapté par Jean Claude Carrière, la Mahâbhârata a fait l'objet d'une version scénique pour le Festival d'Avigon (5 h 30 de spectacle !) puis devint une série cinématographique réalisée par Peter Brooke et enfin un "résumé" de deux heures 40...

lundi 1 février 2010

Le Frère de Camille

Paul Claudel, diplomate, poète et dramaturge français (1868-1955) était le frère cadet de la sculptrice Camille Claudel et le plus célèbre rejeton de la famille jusqu'au film...
La mode sévissant dans la littérature comme ailleurs, il est très difficile de trouver des extraits des pièces de Claudel sur Internet bien qu'elles soient régulièrement reprises ici ou là.
Sa poèsie est un peu plus facile à dénicher :

Poèsie :

Le Départ

_Ce n'étaient pas là vos grandes et gracieuses manières.

Vous qui n'avez de rien d'autre à vous repentir, n'avez-vous pas, mon amour,

regret de cette après-midi de juillet où vous partites avec une soudaine,
inintelligible phrase et un oeil effrayé,
pour ce voyage si long sans aucun
baiser et nul adieu?
Je savais bien cependant que vous alliez partir tout à l'heure, et nous étions assis dans les rayons du soleil déclinant,

vous me murmurant tout
bas, car votre voix était faible, ce merci qui me faisait mal.
Tout de même ç'était bon d'entendre ces choses,
et je pouvais dire ce qui
rendait vos yeux pleins d'amour une croissante ombre,
comme quand le vent
du Sud approfondit le noir feuillage.

_Et ç'était bien vos grandes et gracieuses manières

que de tourner le discours ainsi sur les choses de tous les jours,
ma chérie,
élevant pour l'éclair d'un sourire ces lumineuses, pathétiques paupières.
Tandis que je m'approchais davantage,
car vous parliez si bas que je ne pouvais à peine entendre.

Mais tout d'un coup me laisser ainsi à la fin, effaré de surprise plus que
de la perte,
avec une phrase pressée, inintelligible, et un oeil effrayé,

et partir ainsi pour votre voyage d'à jamais avec pas un seul baiser
et pas adieu,
et le seul regard sans amour celui dans lequel vous passâtes,

_Çe n'était pas du tout vos grandes et gracieuses manières.

Théâtre :

L'ANNONCE FAITE A MARIE



LE SOULIER DE SATIN



TÊTE D' OR

PREMIÈRE PARTIE

Les champs à la fin de l'hiver.
Entre, au fond, Simon Agnel, en blouse, portant sur son épaule un corps de femme et tenant une bêche. Il mesure la terre et commence à creuser une fosse.
Entre, sur le devant, Cébès, à pas lents.

Cébès. - Me voici,
Imbécile, ignorant,
Homme nouveau devant les choses inconnues,
Et je tourne la face vers l'Année et l'arche pluvieuse, j'ai plein mon cœur d'ennui !
Je ne sais rien et je ne peux rien. Que dire ? que faire ? À quoi emploierai-je ces mains qui pendent ? ces pieds qui m'emmènent comme les songes ?
Tout ce qu'on dit, et la raison des sages m'a instruit
Avec la sagesse du tambour; les livres sont ivres.
Et il n'y a rien que moi qui regarde, et il me semble
Que tout, l'air brumeux, les labours frais,
Et les arbres, et les nuées aériennes,
Me parlent avec un langage plus vague que le ia ! ia ! de la mer, disant :
" ô être jeune, nouveau ! qui es-tu ? que fais-tu ?
" Qu'attends-tu, hôte de ces heures qui ne sont ni jour ni ombre,
" Ni bœuf qui hume le sommeil, ni le laboureur attardé à notre bord gris ? "
Et je réponds : Je ne sais pas ! et je désire en moi-même
Pleurer, ou crier,
Ou rire, ou bondir et agiter les bras !
" Qui je suis ? " Des plaques de neige restent encore, et je vois la haie des branches sans nombre
Produire ses bourgeons, et l'herbe des champs,
Et les fauves brebillettes du noisetier ! et voici les doux minonnets !
Ah ! aussi que l'horrible été de l'erreur et l'effort qu'il faut s'acharner sans voir
Sur le chemin du difficile avenir
Soient oubliés ! ô choses, ici,
Je m'offre à vous !
Voyez-moi, j'ai besoin
Et je ne sais de quoi, et je pourrais crier sans fin
Comme piaule le nid des crinches tout le jour quand le père et la mère corbeaux sont morts !
Ô vent, je te bois ! ô temple des arbres ! soirée pluvieuse !
Non, en ce jour, que cette demande ne me soit pas refusée, que je forme avec l'espérance d'une bête !
Il aperçoit Simon.
Eh ! qui c'est qui creuse là-bas ?
Il s'approche de lui.
C'est-i que vous posez des drains ? Il est tard.
SIMON, se redressant. - Qui est là ? que voulez-vous ?
CÉBÈS, le regardant avec surprise. - Je ne vous connais pas.
SIMON. - Ce champ est à vous ?
CÉBÈS. - À mon père.
SIMON. - Laissez-moi y tailler ce trou.
CÉBÈS, apercevant le cadavre. - Ah !
Qui est cette femme ?
SIMON. - La mienne.
CÉBÈS. - Ah ! ah !
Qui est cette femme ? Elle est de ce pays. Je la connais. Est-elle morte ?
SIMON. - Je ne l'ai pas fait mourir.
CÉBÈS. - Ah ! ah ! ah ! ah !
Est-ce ainsi que je te retrouve ! Toute froide et mouillée ! Ô bonne pour tous,rieuse, ardente !
Est-ce toi ? ô chère !
SIMON. - Il a l'air d'être de ceux qui l'ont aimée.
- Quel est ce clocher d'ardoises, Cébès ? quel est ce pays ?
CÉBÈS. - Comment ? me connaissez-vous ?
SIMON. - Il y a des gens qui se nomment Agnel.
CÉBÈS. - Tous sont morts ou partis. Simon Agnel était plus vieux que moi. Il a disparu un jour.
C'est vous !
SIMON. - Le bouilli était las d'être mangé en rond. Ils sont morts !

Tête d'Or ( première version). Théâtre I. Gallimard, Pléiade, p. 29 - D.R.

Ecoutons enfin, Marie-Christine Barrault faisant la critique de la version très dépouillée que La Comédie Française a proposé il y a quelques années de

L'ECHANGE :