dimanche 23 mai 2010

Mishima, le dernier samouraï


«Sans rien changer à sa pose parfaitement protocolaire, la femme, tout à coup, ouvrit le col de son kimono. Mon oreille percevait presque le crissement de la soie frottée par l'envers raide de la ceinture. Deux seins de neige apparurent. Je retins mon souffle. Elle prit dans ses mains l'une des blanches et opulentes mamelles et je crus voir qu'elle se mettait à la pétrir. L'officier, toujours agenouillé devant sa compagne, tendit la tasse d'un noir profond.

Sans prétendre l'avoir, à la lettre, vu, j'eus du moins la sensation nette, comme si cela se fût déroulé sous mes yeux, du lait blanc et tiède giclant dans le thé dont l'écume verdâtre emplissait la tasse sombre - s'y apaisant bientôt en ne laissant plus traîner à la surface que de petites taches -, de la face tranquille du breuvage troublé par la mousse laiteuse.»

Le Pavillon d'Or

«- Hatsue ! cria le garçon.

- Saute par-dessus le feu. Si tu sautes par-dessus..., dit la fille d'une voix claire et forte.

Le garçon n'hésita pas. Le corps nu, que la flamme illuminait, il prit son élan sur la pointe des pieds et bondit au travers du feu. En un clin d'œil il se trouva droit en face de la fille. Sa poitrine toucha légèrement les seins de Hatsue.»

Le Tumulte des Flots

Mishima Yukio, romancier, poète, dramaturge, cinéaste, comédien japonais, né en 1925 sous le nom de Kimitake Hiraoka, se suicide le 25 novembre 1970 en se faisant seppuku avec son amant Masakatsu Morita.

Styliste brillant dans ses descriptions et ses considérations ethiques et philosphiques, il dépeint les sentiments de ses personnages dans une optique rigoureusement nippone ce qui n'est pas sans dérouter le lecteur occidental.

Fasciné par la Beauté, il pensait que celle ci devait être détruite pour être préservée dans la mémoire humaine.

Extrait de sa pièce "Madame de Sade"

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Descendant d'une lignée de samouraïs, il était un tenant d'un Japon traditionnel, et vivait mal l'évolution de son pays vers la modernité industrielle et démocratique.
Il ne voit d'autre issue à son avancée en âge et à la dégradation physique inéluctable, que la mort. Il se suicide après avoir, en vain, tenté de soulever les militaires du Quartier Général de l'Armée japonaise afin de restaurer l'ordre ancien.


En 1985, le cinéaste américain Paul Shrader a réalisé une version de la vie de l'écrivain mixée à son oeuvre maîtresse, "Le Pavillon d'Or".

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La musique a connu plus de succès que le film; elle est signé de Philip Glass :

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