jeudi 16 octobre 2008

Sunday in the Park with George

Il est de bon ton de prétendre que les seules vraies oeuvres culturelles sont européennes et que les américains des Etats Unis ne sont aptes qu'à produire des spectacles de pur divertissement !

Pourtant, il existe, dans le domaine du théâtre musical, d'authentiques créations majeures issues du cerveau de réels génies étatsuniens...

Stephen Sondheim est l'un de ces compositeurs d'exception.
Né en 1930, il a commencé sa carrière en collaborant avec Léonard Bernstein, entre autre sur le livret de "West Side Story", puis il s'est lancé dans la composition au début des années 60.

Plusieurs chansons extraites de ses "musicals" sont devenus des standards du répertoire américain : "Send in the clowns", "Being Alive", "Not a day goes by", "Unworthy of your love", "Pretty women", "In Buddy's eyes" et d'autres encore...

Son chef d'oeuvre, "Sunday in the Park with George" a été écrit en 1986, après l'échec cuisant d'une autre composition ambitieuse, "Merrily we roll along", à la suite duquel, Sondheim envisagea même d'abandonner le monde du spectacle !

Il se remit en selle pour produire une pièce autour du peintre français Georges Seurat, inventeur du pointillisme.
Hormis son impact artistique, on ne sait rien de Seurat, si ce n'est qu'il mourut brutalement à 32 ans; mais quasiment rien de sa vie privée ni de sa vie sociale en dehors de la peinture...

Sondheim et son complice de l'époque, le grand librettiste et metteur en scène James Lapine, entreprirent de combler ce vide.

Ils imaginèrent une romance entre le peintre et un de ses modèles, Dorothy (Dot, comme le point en anglais...), romance qui tourne court car Georges n'a d'autre centre d'intérêt dans la vie que son art et il délaisse la jeune femme amoureuse de lui. Tant et si bien qu'elle finit, pourtant enceinte de ses oeuvres, par lui préférer un artisan boulanger qui part s'installer aux Etats Unis, le laissant terminer sa toile maitresse "Un Dimanche Après-midi sur l'Ile de la Grande Jatte".

Cent ans plus tard, la fille de Dot, nonagénaire, accompagne son petit fils George pour le vernissage d'une exposition consacrée à Seurat et au cours de laquelle, le jeune homme dévoile sa nouvelle création abstraite.
Désabusé par la vie artistique américaine, superficielle et commerciale, George décide, à la mort de sa grand-mère, de venir en pèlerinage à Paris, sur l'ile de la Grande Jatte.
Tout a changé bien sûr, mais le fantôme de Dot l'accueille et lui redonne gout à la création en l'invitant à poursuivre sa route, selon son inspiration, en suivant ses sentiments et non pas en cherchant à faire "original"à tout prix...

Réflexion profonde et intense sur ce qu'est la création artistique, le rôle social de l'artiste et expression sensible de sa solitude essentielle et nécessaire, "Sunday" repose sur une partition "pointilliste", subtile et originale mais pourtant "chantable" par tout un chacun et des textes pleins de poésie et d'humour !

C'est sans doute cela la marque du génie : rendre accessible l'ineffable, faire toucher du doigt, et du coeur, les éblouissements de l'âme...

Une mise en scène de grande classe qui joue des décors comme des pièces de puzzle que l'on combine pour recréer la peinture de Seurat ou la Grande Jatte de jadis, et des interprètes de légende que survolent le grandiose Mandy Patinkin (acteur de théâtre et de séries tv - "Dead like me" et "Criminal minds") dans les rôles de George(s) et l'éblouissante Bernadette Peters, une des plus grandes chanteuses que la Terre ait porté, dans la peau de Dot et de la grand-mère, complètent la liste des raisons de sanctifier ce "musical"!

Fait assez rare, "Sunday in the Park with George" a reçu le prix Pulitzer en 1986.

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