jeudi 28 janvier 2010

Alexandra David-Néel

Il est de bon ton aujourd'hui de glorifier des femmes qui n'ont d'autre mérite que d'être né telles et de posséder une habilité habituellement observée chez des hommes.

Et on oublie quelques véritables "monuments" non pas du féminisme mais de l'humanité au sens large !


Louise Eugénie Alexandrine Marie David est née le 24 octobre 1868 à Saint Mandé.
Fille d'un instituteur républicain militant et ami de l'anarchiste Elisée Reclus, elle débute dans la vie active comme journaliste dans la revue féministe "La Fronde" qu'elle quitte bientôt car les revendications lui paraissent trop "bourgeoises" et peu encrées dans les réalités économiques rencontrées par les femmes de l'époque.

C'est alors qu'elle est chanteuse à l'Opéra de Tunis, après avoir brillé sur la scène de ceux d' Hanoï et d'Athènes, qu'elle rencontre son futur mari, Philippe Néel. Ils se marient en 1904.

Mais Alexandra s'ennuie : elle n'est pas faite pour être femme au foyer !

En 1911, elle part en Inde qu'elle a déjà visité à deux reprise au cours de tournées lyriques.
Elle se lie d'amitié avec le souverain du Sikkim, petit royaume himalayen du nord de l'Inde.
C'est là, en 1914, visitant des monastères où elle entend parfaire sa connaissance du bouddhisme, qu'elle rencontre Aphur Yongden, alors agé de 15 ans, qui l'accompagnera dans tous ses voyages et dont elle fera son fils adoptif.
Alexandra entre au Tibet, territoire alors inconnu des occidentaux et séjourne dans quelques monastères.

En 1916, elle doit quitter le Sikkim et rejoint le Japon où elle rencontre le philosophe Ekaï Kawagushi.
Puis gagne la Corée et entreprend la traversée de la Chine. Elle arrive à Pekin après un périple au coeur du désert de Gobi et de la Mongolie.
De là, elle part pour le Tibet. Pendant trois ans, elle réside au monastère de Kumbum où elle traduit un important texte bouddhique, la Prajnaparamita.
En 1924 elle entre à Lhassa, cité interdite, et devient le première occidentale à y séjourner.

Elle rentre en France avec Yongden en 1925 et y achète une maison près de Digne.
Elle raconte ses voyages dans de nombreux ouvrages qui rencontrent un grand succès.

On ne se doute guère, en Europe, de l’attraction extraordinaire qu’exerce, sur d’immenses populations, ce Thibet que les Occidentaux considèrent volontiers comme un état barbare dénué de toute importance. Cependant, de Peschaver, de Srinagar, de Darjeeling, de tous les points de l’Inde où l’on peut entrevoir, à des distances infinies, les cimes éclatantes de l’Himalaya, des hommes de toutes races, de toutes sectes se prosternent devant elles, saluant l’inaccessible Mérou des cosmogonies orientales, pivot de la terre et paradis d’Indra. Des rives de l’Amour, des bords du Baïkal, des confins du steppe tartare, des pèlerins partent et cheminent vers le Koukou-noor, vers les monts Kouen-loun. Au nord, au sud des fronts s’inclinent, de pieuses caravanes gravissent à six mille mètres au-dessus des houles de l’océan les vertigineux sentiers donnant accès au pays de leurs rêves mystiques...

Ce n’est pas au Dalaï-Lama seul qu’est due la singulière fascination émanant du « Pays des Neiges ». Il est, par excellence, la terre de la magie, du merveilleux. Un monde de génies, de fées et d’enchanteurs a toujours hanté ses solitudes désolées. Les dévots voyageurs qui se hâtent vers Kra-sis-lhum-po ou vers Lhassa ont mille sujets, mille buts divers qui les attirent. Ce sont les lacs sacrés que les Dakinîs effleurent de leurs robes éclatantes et dont les eaux limpides purifient de toutes souillures. C’est l’arbre de Kou-Boum, ce sont les abikheshas, les initiations mystérieuses ouvrant au fidèle les portes du monde des dieux et ce sont les dieux eux-mêmes, enfin, les dieux vivants et tangibles, répandus dans toute la contrée.

Le Pouvoir Religieux au Tibet (1915)

En 1937, elle repart en Chine via la Russie où elle est confrontée à la guerre russo-japonaise.
En Chine, ravagée par la guerre civile, elle côtoie la famine, les épidémies...
Avertie de la mort de son mari (en 1941), elle ne peut rentrer en Europe qu'en 1946 à cause de la guerre.

Elle reprend la plume et, à 100 ans, elle demande le renouvellement de son passeport...
Elle s'éteint le 8 septembre 1969, quatorze ans après Yongden.
Alexandra David-Néel avait fait l'objet d'un chapitre d'une série documentaire télévisée consacrée aux grand explorateurs.
A sa mort, un extrait de l'interview qu'elle avait accordé pour cette émission a été rediffusé : écoutez bien avec quelle vivacité d'esprit elle répond aux questions (elle est plus que nonagénaire à l'époque!) et de quelle acuité intellectuelle elle fait preuve.
Une leçon pour l'intelligentia auto-proclamée d'aujourd'hui !

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