dimanche 10 janvier 2010

Henry de Monfreid

Henry de Monfreid est né le 14 novembre 1879 à La Franqui (Aude) et décédé le 13 décembre 1974 à Ingrandes (Indre).

Fils d'un peintre et graveur, il côtoie Paul Gaugain qui est un ami de son père.
Il se lie d'amitié avec le Père Pierre Teilhard de Chardin en rentrant de Djibouti en 1926.

C'est vers cette ville qu'il s' était embarqué en 1911 : il y fût négociant en café et en peaux, construisant son propre boutre, l'Altaïr. Sa connaissance de la région de la Mer Rouge en fit un auxiliaire précieux pour l'armée française lors de la Première Guerre Mondiale.

En 1914, converti à l'islam sous le nom d'Abd el Haï, il devint contrebandier : perles, armes, hachich, les bénéfices sont investis dans une minoterie et une centrale électrique.

Il rencontra Joseph Kessel qui lui conseilla d'écrire des livres pour raconter sa vie ! Dans les années 30, ses récits rencontrèrent un énorme succès.

La mousson d'hiver, dite assieb sur la côte d'Arabie, soufflait dans toute sa violence sur la mer blanche d'écume.
Indifférent au sable qui crépite et flagelle, un vieil homme, la peau tannée par le soleil et l'air marin, travaillait torse nu sur la plage de Doubaba, en Yémen. C'était le charpentier de marine Mohamed Abdallah.
Avec des gestes mesurés, sûrs et précis, lents comme ceux d'un rite, il manie le kaddoum et l'archet de sa perceuse ainsi que le faisaient ses ancêtres sabéens tandis que son marteau frappe le bois sonore au rythme des mêmes chants.
Sur ces rives affranchies des saisons, il semble lui aussi immuable et sans âge, confondu en la pérennité du désert et de la mer.
Derrière lui, dans un brouillard de poussière et de sable, les dattiers échevelés, ployant sous les rafales, secouaient leurs palmes en gestes fous, tandis que les cris aigus des oiseaux de mer emplissaient le ciel d'une clameur d'apocalypse. Ils tournoyaient là-bas sur le récif où se brise la houle, pour happer le fretin que pourchassent les grands carnassiers.
Tout à coup leur vol s'infléchit vers le charpentier. Des centaines d'oiseaux le frôlent de leurs ailes pour lui rappeler l'heure du repas où chaque jour, sans la moindre crainte, ils lui dérobent ce qu'il porte à sa bouche.
Leurs yeux perçants ont vu venir un gamin qui, là-bas, lutte contre le vent avec la gamelle de senounna - riz au poisson - et le kitlé de thé sirupeux, seul et unique repas avant la prière d'El Dor, c'est-à-dire midi.
L'enfant pouvait avoir douze ans, mais à son allure décidée, à cet air sérieux qu'on ne saurait attendre d'un gamin de chez nous, on lui en eût donné quinze ou seize.
Ses grands yeux noirs, limpides comme ceux des antilopes, avaient ce regard direct et franc qui laisse pressentir la volonté et le courage de l'homme de demain.
Il se nommait Zeït, fils unique et longtemps attendu du vieil Abdallah qu'un ironique destin avait accablé d'une succession de filles. Enfin exaucé au seuil de la vieillesse il pouvait se dire comme tout bon musulman :
" Je ne mourrai pas, j'ai un fils... "
Respectueux des traditions, le brave homme avait tenté de lui enseigner ce qu'il avait reçu de son père comme un dépôt sacré : ce métier de constructeur de navires, ces zarougs aux formes harmonieuses, nées semble-t-il des mouvements de la houle.
Hélas, tout fut vain. Un irrésistible atavisme entraînait l'enfant vers la mer avec une telle force que le père eut la sagesse d'accepter d'emblée ce qui fatalement, tôt ou tard, devait être puisque tout est écrit...


"L'Homme aux Yeux de Verre", roman.

"On sent que cette grande ville n'était pas l'oeuvre de ces Arabes; c'est une autre civilisation qui l'a édifiée, aussi sont-ils indifférents au lamentable sort de ces palais écroulés. Ils préfèrent leur hutte de nomades où le vent passe librement et anime l'ombre des heures chaudes de mille voix mystérieuses.
Il faut avoir vu vivre dans l'éternel printemps de leurs montagnes ces hommes sans souci de l'heure, pour mesurer tous les ravages qu'une civilisation étrangère pourrait porter au bel équilibre de leur vie simple.

Moka est une ancienne place forte, jadis entourée de hautes murailles en briques, flanquées de nombreux bastions. Ce n'est aujourd'hui qu'un chaos de décombres, où quelques plates-formes subsistent encore, montrant par les brèches les vieux canons de fonte étendus au soleil, à même le sol comme de gros lézards. Aucune maison n'a été réparée; seule, la grande bâtisse où demeure l'Amer Abdul Galil et une autre occupée par un négociant italien sont intactes.

Dans ce labyrinthe de murs écroulés, les soldats campent comme ils le font dans la brousse; quant aux habitants, ils occupent la partie de la ville opposée à la mer, en bordure de la palmeraie. Là ils ont créé un village tout à fait selon leur goût, avec des paillotes de branchages à toit de nattes et des baraques en caisses à pétrole tendues de toiles de sac.
La palmeraie de dattiers s'étend vers la plaine torride où les buissons de Rak font une verdure tendre d'une illusoire fraîcheur.

"Les derniers jours de l'Arabie Heureuse", carnets, 1935.

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Pendant la Seconde Guerre Mondiale, vivant en Ethiopie occupée, il fut plus ou moins contraint de travailler pour les italiens ce qui lui valut d'être déporté au Kenya à la fin de la guerre par les Britanniques.
Il rentra en France en 1947.

Outre ses livres, il a immortalisé sa vie d'aventures dans des films et des peintures.


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