mardi 2 février 2010

Mahâbhârata


Le Mahâbhârata est un livre sacré de l'Inde, qui relate la « Grande Geste » des Bhârata, grand poème épique datant des derniers siècles avant l'ère chrétienne.
C'est une saga mythico-historique, contant des hauts faits guerriers qui se seraient déroulés environ 2 200 ans avant l'ère chrétienne, entre deux branches d'une famille royale : les Pândava et les Kaurava.
Le récit nous raconte les épreuves subies par les cinq frères Pândava et leurs cousins les Kaurava pour la conquête du pays des Arya, au nord du Gange, en Inde.
C'est l'un des deux grands poèmes épiques de l'Inde, fondateur de l'Hindouisme avec le Rāmāyana et sans doute le plus long poème de la littérature mondiale, composé de 250 000 vers, quinze fois l'Illiade !

Un extrait : "Le sacrifice des serpents"

Louange à toi, Seigneur des dieux, louange à toi, tueur de Bala et de Namuci, louange à toi, époux de Shac∞, dieu ocellé. Par ton eau, sauve les serpents que le soleil brûle. Tu es notre recours suprême, ô meilleur des immortels. Tu as en effet le pouvoir de répandre l'eau en abondance, ô destructeur de cités ! Tu es nuage, tu es vent, tu es feu, et éclair dans le ciel. Tu sèmes en foule les nuages, on t'appelle aussi "Nuée". Tu es l'éclair sans pareil, terrible, tu es l'orage retentissant. Tu es le créateur des mondes, et leur inexorable destructeur. Tu es la lumière de tous les êtres, tu es le soleil, fils d'Aditi. Tu es la merveille des merveilles, tu es roi, tu es seigneur des dieux, tu es Vishnu, tu es le dieu ocellé, tu es le refuge ultime. Tu es l'immortalité entière, dieu, tu es la liqueur sacrificielle, tant vénérée. Tu es le jour, tu es l'heure, tu es la minute, et la seconde encore. Tu es la demi-lunaison claire, et l'obscure, tu es la minute et la seconde lunaire. Tu es l'année, et la saison et le mois, et la nuit, et le jour.

Tu es la terre excellente, ses forêts et ses montagnes.
Tu es le firmament limpide, éclairé de ses astres.
Tu es l'océan immense, à la houle puissante,
Où se cachent baleines, monstres, crocodiles et poissons.

On te célèbre toujours en disant : "Grande est ta gloire !"
Tu te complais auprès des sages et des anciens.
On te célèbre, tu bois, dans le sacrifice, la liqueur,
Et les libations rituelles, pour notre prospérité.

Sans cesse tu reçois les sacrifices des prêtres pour leur bien.
Dans les traités, on te célèbre, et ta force sans pareille.
C'est en pensant à toi que les brâhmanes s'adonnent au sacrifice,
Et se plongent dans l'étude des Ecritures au grand complet.

Et les minutes du Conseil des Serpents qui cherchent les moyens d'empêcher le sacrifice :

Tous les fils de Kadrº approuvèrent et se réunirent.
C'était une assemblée riche de ressources et d'idées.

Certains serpents proposèrent : "On se ferait brâhmanes puissants, et on dirait à ce Janamejaya ;
"Ne fais pas ton sacrifice !"
D'autres serpents, qui passaient pour érudits, dirent ;
"On serait tous ses ministres, qu'il écouterait.

"Il nous demanderait son avis sur tout ce qu'il aurait à faire. On lui conseillerait que le sacrifice n'ait pas lieu.
Ce roi, qui est très avisé, nous sachant d'excellent conseil, nous consulterait à propos de ce sacrifice. On lui répondrait : "Non !",
"En lui montrant les nombreux effets cruels et désastreux, dans ce monde et dans l'autre, avec leurs causes et leurs raisons, afin que le sacrifice ne se fasse pas."
"Ou alors, il y aura pour ce sacrifice des serpents un maître de cérémonie, appliqué à servir le roi, qui en connaîtra le déroulement.

"Que l'un de nous vienne et le morde. Il mourra, et lui mort, le sacrifice ne pourra avoir lieu !
"Et les autres officiants qui savent comment se déroule le sacrifice, nous les mordrons tous. Alors c'en sera fait !"
Mais des serpents légalistes protestèrent : "Vous dites des sottises ! Tuer un brâhmane est une infamie !
"
Dans le malheur, le meilleur soulagement vient d'une observance stricte et correcte de la loi. La prédominance de l'illégalité entraîne la destruction de l'univers tout entier !"

D'autres serpents dirent : "Nous nous ferons nuées d'orage, et soufflerons de pluie le feu allumé."

D'autres encore : "Ou bien, la nuit, quand ils ne feront pas attention, que des serpents dérobent prestement les instruments sacrificiels. Le sacrifice ne pourra se faire !"

"Ou bien que pendant le sacrifice, les serpents par centaines et par milliers, mordent les assistants. Ainsi, tous auront peur !"

Ou bien encore que les serpents souillent de leur urine et de leurs excréments les offrandes préparées. Elles ne pourront plus servir !"

Et d'autres ajoutèrent : "On serait des sacrifiants, et pour empêcher le sacrifice, nous dirions : "Que soient versés les honoraires des brâhmanes !"
Le roi se soumettrait et ferait ce que nous voudrions."

D'autres dirent : "Quand le roi se divertira dans l'eau, amenons-le chez nous et attachons-le. Ainsi le sacrifice n'aura pas lieu."
D'autres serpents, pleins de bonne volonté, dirent enfin : "Nous l'attraperons et nous le mordrons, voilà notre plan !
Lui mort, la racine de tous nos maux sera coupée !"



Adapté par Jean Claude Carrière, la Mahâbhârata a fait l'objet d'une version scénique pour le Festival d'Avigon (5 h 30 de spectacle !) puis devint une série cinématographique réalisée par Peter Brooke et enfin un "résumé" de deux heures 40...

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